Au Bénin, la startup Power:On tente de briser l’injustice énergétique dans les villages reculés

Au Bénin, 29% de la population a accès à l’électricité. Un chiffre qui dégringole à 9% dès que l’on plonge dans les zones rurales du pays. Tristan Kochoyan tente de corriger ce déséquilibre en ciblant directement les zones rurales les plus reculées du Bénin. Il a mis au point une technologie qui a permis à 3000 personnes vivant à Igbérè, un village très isolé, d’avoir accès à l’électricité. Tristan revient sur son innovation, son modèle économique et son retour du terrain dans cette interview pour #TECHAfrique.

Peux tu te présenter ? Et nous expliquer ce qui t’a amené à créer Power:On, ta startup ?

Bonjour, je suis le fondateur de Power:On, un fournisseur d’électricité dédié aux villages les plus isolés du Bénin.
Comme beaucoup de gens de ma génération, j’ai besoin de travailler sur des choses qui ont du sens. 

J’ai découvert l’entrepreneuriat juste avant de finir mes études. J’ai découvert le thème de l’accès à l’énergie durant un stage dans un cabinet de conseil en stratégie spécialisé dans l’énergie. En apprenant qu’il y avait encore aujourd’hui 1,3 milliards de personnes vivant sans électricité dans le monde, dont 635 millions en Afrique, j’ai décidé de faire quelque chose. Cela m’avait paru incroyable – et ça l’est toujours. J’ai donc commencé à travailler sur Power:On dès ma sortie d’HEC en 2012. J’avais travaillé en humanitaire au Bénin et j’avais gardé de bons contacts dans le pays, notamment avec Louise, qui est devenue ma cofondatrice Béninoise. C’est donc assez naturellement que je suis retourné là-bas pour mener ce projet.

Quelles solutions apportes tu avec ta startup ? Et quel est ton modèle économique ?

La mission de Power:On est d’électrifier les villages les plus isolés du Bénin. Ceux qui sont si loin du réseau électrique national qu’ils n’ont aucune chance d’accéder à l’électricité un jour (ou du moins pas avant 15 ou 20 ans). Nous considérons que les habitants de ces villages ne devraient pas avoir à attendre aussi longtemps pour quelque chose d’aussi vital, que nous utilisons tous les jours en France sans même y penser une seconde.
Je suis également convaincu que la technologie pour apporter l’électricité à ces villageois est aujourd’hui non seulement disponible, mais aussi assez bon marché pour qu’ils puissent la payer. Le business model est simple : nous construisons une centrale et un réseau électriques complètement indépendants dans les villages, et nous vendons l’électricité.

Cette question du business model est centrale pour la pérennité du projet, sa viabilité. C’est d’ailleurs ce parti pris qui nous a fait choisi la forme d’une startup et non d’une énième ONG. Et nous démontrons déjà qu’il est possible de faire accéder les personnes les plus pauvres de la planète à l’électricité, et qu’elle peuvent la payer. Nous avons en effet construit notre premier réseau pour 3000 personnes vivant à Igbérè, un village très isolé au Bénin. Depuis septembre 2015, plus de 100 familles, entrepreneurs et services publics payent pour avoir l’électricité tous les jours ! Il s’agit de la première version du projet, bien sûr, car je n’avais pas les moyens de réaliser le projet parfait avec mes moyens limités. Notre électricité est donc produite actuellement par un groupe électrogène, qui fonctionne tous les jours de 19h à minuit.

Afin de rendre les bénéfices de notre solution très clairs pour les habitants, nous vendons des forfaits prépayés qu’ils peuvent comparer avec ce qu’ils dépensaient auparavant. Par exemple, avant que Power:On n’arrive, charger un simple téléphone coûtait 0,30€ à Igbérè. Aujourd’hui, on peut avoir 5 heures de lumière ET une charge de téléphone pour moins de 0,15€.


Nous avons des forfaits pour tout, car notre réseau permet aux clients de brancher ce qu’ils veulent directement chez eux, comme à la ville. Les entrepreneurs peuvent donc utiliser des frigos pour stocker de la nourriture, garder leurs boutiques ouvertes plus longtemps le soir, les familles peuvent suivre les infos à la télé, etc.

Quels obstacles as tu rencontré dans le développement de ta startup, et comment y as tu fait face ?

Quand j’ai démarré, je ne savais pas vraiment ce qu’il fallait faire et je n’avais pas forcément réalisé dans quoi je me lançais. J’ai donc perdu pas mal de temps à faire des choses non essentielles, comme aller voir des grands groupes, chercher des partenariats, des financements, des subventions… Cela a été une grande perte de temps. Ce sont des acteurs toxiques pour les startups, car les personnes qui y travaillent n’ont jamais créé de startups elles-mêmes. On ne vit pas dans le même univers. Je n’ai vraiment avancé que lorsque j’ai décidé de laisser tomber tout ça et d’avancer seul, en faisant ce que je pouvais avec mes propres moyens. Je l’ai dit plus haut, j’ai la chance de venir d’un milieu favorisé. Ma famille n’est pas riche, mais elle m’a quand même permis de me lancer et elle me soutient toujours aujourd’hui. C’est elle qui me permet de vivre et de travailler sur Power:On en attendant de pouvoir me payer un salaire. A un niveau plus global, le principal frein structurel est le financement. Je sais ce que je veux faire, comment le faire, et je construis depuis septembre 2015 des preuves que ce propose Power:On fonctionne et peut être un business soutenable et rentable. Malgré tout, il est très difficile de trouver de l’argent pour avancer.

Quels sont tes besoins en matière de financement ou d’accompagnement ? Un message à faire passer à la communauté #TECHAfrique ?

Cette année, nous voulons passer à l’énergie solaire pour notre réseau au Bénin. Cela rendra notre système plus propre, nous permettra de produire de l’électricité moins chère, et surtout nous pourrons fournir un service 24h/24. Cela permettra notamment aux entrepreneurs locaux de lancer et de faire grandir de nouvelles entreprises. L’électricité deviendra alors le moteur d’un véritable développement économique, et c’est exactement ce que nous voulons accomplir à travers Power:On.


Devant les difficultés des bailleurs et autres investisseurs à s’engager sur ce projet, j’ai décidé de me tourner vers le crowdfunding. Je crois vraiment que cette solution peut nous permettre de passer cette étape de transition et nous amener au niveau supérieur, qui intéressera sûrement plus les financeurs.
Nous n’avons cependant aucune chance de réussir cette campagne si personne ne nous connait. J’appelle donc tous les membre de la communauté #TECHAfrique à s’inscrire sur notre site, et à parler de nous à tous leurs amis. Il suffit d’une adresse e-mail ! De plus nous récompensons ceux qui partagent le plus avec des cadeaux très sympathiques, alors n’hésitez pas 🙂
Nous lancerons notre campagne lorsque nous atteindrons 20.000 fans. Nous sommes un peu plus de 1000 aujourd’hui, donc rejoignez vite les premiers ! Cela peut aller très vite si on s’y met vraiment.


Consultant, Blogueur et Fondateur de StartupBRICS (www.startupbrics.com), Samir Abdelkrim a lancé #TECHAfrique en avril 2014 : une aventure entrepreneuriale à la rencontres des startups africaines et des acteurs qui font battre le pouls de l'Afrique 2.0


'Au Bénin, la startup Power:On tente de briser l’injustice énergétique dans les villages reculés' have 2 comments

  1. 3 octobre 2016 @ 15 h 09 min Tristan Kochoyan

    Merci pour cette interview !
    Pour nous soutenir, un email suffit ici : http://www.pwr-on.fr/fr 🙂
    Tristan

    Reply

  2. 4 octobre 2016 @ 9 h 02 min Ovaldo

    Belles initiatives

    Reply


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