#DigiWorld : Depuis Montpellier, Orange fait le bilan de son Technocentre d’Abidjan

Rencontre avec Jean-Etienne Fauroux, Directeur Multimédia du Technocentre d’Orange à Abidjan, interviewé par Héloïse Lebrun-Brocail lors du Digital Africa Forum du Digiworld Summit, à Montpellier.

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Vous êtes Directeur Multimédia du Technocentre d’Orange à Abidjan. Pourriez-vous me décrire l’ambition et les différents projets de cette structure ?

Le Technocentre est l’une des entités d’innovation d’Orange, qui a pour vocation de concevoir, d’imaginer, de développer des produits et services adaptés à la zone Afrique Moyen-Orient. Il est constitué d’une base principale située en région parisienne, et deux antennes : une à Amman créée en 2009 et l’autre à Abidjan mise en place en 2011. Ces antennes lui permettent de mieux adresser les marchés de cette zone, via des équipes locales évoluant au coeur des marchés.

Nous sommes donc une entité corporate du groupe Orange, qui travaille avec une vingtaine de filiales d’Orange en Afrique et au Moyen-Orient.

“Le Technocentre a vocation à concevoir, imaginer et développer des produits et services adaptés à la zone Afrique Moyen-Orient.”

Vous mentionniez, pendant votre intervention au Forum, des initiatives comme le Orange Fab, ou Orange Entrepreneurs Club. Comment ces différentes structures interagissent-elles et combinent-elles leurs forces ?

Ces différentes initiatives correspondent à des niveaux de maturité bien identifiés des entrepreneurs ou des startups, qu’il faut bien distinguer.

Orange soutient l’émergence de d’un écosystème d’innovation par des interventions de ses experts et de ses mentors sur un grand nombre d’évènements dédiés à l’entrepreneuriat comme les Start-up Weekend.

Dans la phase d’incubation des projets notre apport est essentiellement technique vis-à-vis des entrepreneurs. Orange ne gère pas d’incubateurs en tant que tels, mais en a co-créé cinq en Afrique, dont le CTIC au Sénégal.

L’Orange Fab est un accélérateur, qui – en complément d’un incubateur qui se positionne sur l’accompagnement sur du long terme – va aider une startup déjà existante et constituée et avec un produit fini et à accélérer sa mise sur le marché et au final pourquoi pas signer un contrat de partenariat avec Orange. Cela se fait généralement sur une période de trois mois, et l’accompagnement porte sur des aspects marketing, commerciaux, business ou de promotion et de distribution, plus que sur des aspects techniques. Il y a douze Orange Fabs dans le monde, dont quatre en Afrique et au Moyen-Orient, en Jordanie, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et au Cameroun.

La quantité de startups accompagnées est relativement moindre en Afrique et au Moyen-Orient du fait de l’engagement d’accompagnement que nous leur proposons en mentoring et en coaching. Nous leur permettons aussi de rencontrer nos experts Orange dans nos pays, en particulier pour faciliter l’accès à nos APIs. Nous en accompagnons quatre par saison en Côte d’Ivoire, et en avons accompagné deux pour chacune des premières saisons au Cameroun et Sénégal.

Orange Entrepreneur Club est un hub unique et complet qui va permettre à chaque entrepreneur d’Afrique et du Moyen-Orient de trouver conseils experts, programmes d’accompagnements Orange ou d’autres acteurs et cela quel que soit son niveau de maturité. Il est la porte d’entrée unique à différentes boites à outils que vous soyez au stade de l’idée comme au stade de revoir votre pack d’actionnaire ou organiser une levée de fonds. sur entrepreneur club vous retrouverez chaque année le Prix de l’Entrepreneur Social, qui a été remis hier (18/11/2016) en Afrique du Sud à Medtrucks, et qui est vraiment concentré sur des thématiques très RSE, comme le formulaire à remplir pour accéder à des financements de capital venture tels qu’Orange Digital Ventures

Avec le programme Orange Developer, les développeurs accèdent à des APIs d’Orange en mode self-service sur Internet, et sont accompagnés par des experts du Groupe. L’API SMS est par exemple couplée à l’achat de crédits SMS pour l’utiliser dans ses services web ou mobiles.

“Les différentes initiatives d’Orange que sont les Orange Fabs, l’Orange Entrepreneur Club et le programme Orange Developer correspondent à des niveaux de maturité bien identifiés des startups et soutiennent la création d’un écosystème d’innovation”.

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L’existence de ces différentes initiatives témoigne bien de l’importance qu’accorde Orange aux startups dans son développement. Pour quelles raisons Orange croit-elle et investit-elle autant dans les startups ?

Orange est une entreprise qui a toujours investi et mis beaucoup de moyens dans l’innovation et la recherche. Orange évolue sur un marché extrêmement concurrentiel, qui a vécu de grands bouleversements en France et à l’international. Il s’agit également d’une entreprise au coeur fondamentalement technique, à laquelle l’innovation permet de rester leader dans son domaine depuis de nombreuses années.

La compréhension et l’adaptation à l’évolution des processus d’innovation a donc été capitale pour Orange. Il y a une quinzaine d’années, la majeure partie des innovations provenaient des laboratoires de R&D des grands groupes. Aujourd’hui, l’innovation se fait aussi dehors, et c’est aux grands groupes d’aller la chercher pour détecter et rester au fait des tendances. L’open innovation se fait de l’extérieur, et il faut s’associer à elle pour la développer, l’accompagner, l’amplifier et en profiter pleinement.

Identifier les startups et les accompagner représente donc pour Orange une opportunité d’évoluer au plus proche de cette innovation et des attentes du marché, et de mettre à disposition nos compétences pour l’accompagner.

“L’open innovation se fait de l’extérieur, et les grands groupes se doivent de s’associer à elle pour la développer, l’accompagner, l’amplifier et en profiter pleinement. Identifier les startups et les accompagner constitue une opportunité d’évoluer au plus proche de cette innovation et des attentes du marché “

Il s’agit donc véritablement d’un moyen de s’assurer que l’innovation d’Orange répond correctement aux attentes du marché ?

Oui, et cela nous oblige également à être plus agiles et plus flexibles dans notre mode de travail, car les startups sont des structures très dynamiques, bien plus qu’une entreprise de grande taille. Travailler au plus près des startups nous challenge donc également en interne, et nous apporte véritablement un rafraîchissement, une capacité à appréhender rapidement les évolutions des marchés.

“Travailler au plus près des startups nous apporte véritablement un rafraîchissement, une capacité à appréhender rapidement les évolutions des marchés.”

De nombreux entrepreneurs évoluant dans des domaines comme la fintech et l’agritech refusent désormais le qualificatif “d’émergents”, car ils se considèrent comme maîtres de ces technologies. Que pensez-vous de cette posture ?

Effectivement, ces marchés ne sont pas émergents puisqu’ils maîtrisent la technologie. Mais ils opèrent dans des marchés émergents.

Il est intéressant de noter que les différents domaines RSE se recoupent toujours aujourd’hui avec le domaine financier : on ne parle par exemple plus d’agriculture mais d’agrobusiness. La question du potentiel de business et de la monétisation se pose toujours car la RSE ne répond pas nécessairement à un objectif philanthropique, qui incombe aux fondations d’entreprises comme la Fondation Orange, mais à un objectif de revenu pérenne et dont l’impact sociétal est visible.

On parle de marchés émergents parce qu’ils génèrent nécessairement un volume financier moins important que dans les économies développées. Dans ces marchés, il y a quelques années, les opérateurs avaient encore le rôle de développer des produits et services sur les thématiques RSE comme la santé, l’agriculture, etc. Aujourd’hui les startups le font, et le rôle de l’opérateur est donc désormais de mettre à disposition ses capacités USSD, SMS, etc. et peut-être une place de marché pour accompagner là-dessus.

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Parlons maintenant de la reverse innovation de manière plus générale. Orange y a directement été confrontée, notamment avec Orange Money. Comment voyez-vous ce phénomène ? Est-ce qu’il qui va selon vous se renforcer ?

Disons que, par défaut, nous étudions bien sûr toutes les opportunités. L’ensemble des produits que nous développons pour la zone Afrique / Moyen-Orient sont présentés à nos collègues en charge des autres marchés, car ils peuvent y trouver un intérêt pour certains segments de la population. De là peuvent naître des opportunités. Orange Money est effectivement un très bon exemple. Si le mobile money a reçu un fort écho ici en France, c’est parce qu’on y trouve un segment de la population qui a des usages très prépayés, avec un niveau d’ARPU qui n’est pas nécessairement très élevé, et qui se reconnaît donc totalement dans ce type de solutions.

“L’ensemble des produits que nous développons pour la zone Afrique / Moyen-Orient sont présentés à nos collègues en charge des autres marchés, car ils peuvent y trouver un intérêt pour certains segments de la population.”

La relation avec les pouvoirs publics a beaucoup été évoquée lors du Forum. Vous y êtes confronté de manière récurrente et fréquente. Comment percevez-vous l’évolution de cette relation ? Et qu’observez-vous dans l’évolution de la relation entre les institutions et les écosystèmes startups ?

Dans la plupart des cas, les gouvernements africains ne sont effectivement pas conscients du potentiel du digital pour la transformation et le développement du continent. La relation avec les pouvoirs publics varie en fonction des domaines d’activités. La plupart des produits et services qui sont connexes à l’activité d’un Ministère comme l’éducation ou la santé requièrent effectivement soit un partenariat avec les autorités, soit une validation de leur part, dans des délais parfois très longs. Je conçois que les startups aient parfois des difficultés pour obtenir des autorisations.

“Les gouvernements africains ne sont effectivement pas conscients du potentiel du digital pour la transformation et le développement du continent.”

En tant qu’intermédiaire entre ces deux types d’acteurs, comment gérez vous la différence entre le rythme des startups et le rythme des autorités ?

Nous accompagnons les startups et les aidons à porter leurs projets, car convaincre les autorités du potentiel impact du digital sur le développement du continent et engager un dialogue avec les autorités dans les pays, relève d’une responsabilité collective. Mais la startup doit aussi rester maître de son destin, et c’est aussi et surtout à elle de contribuer à persuader les pouvoirs publics.

Comment envisagez-vous l’avenir de l’économie numérique en Afrique ? Son développement se fera-t-il via la digitalisation des services encore non impactés par le digital (comme les services publics par exemple), puis par la digitalisation de l’économie informelle ?

Le e-commerce est pour moi un bon exemple. Aujourd’hui, les notions de confiance et d’interpersonnel jouent un rôle fondamental en Afrique dans l’échange de biens et de services. Le digital doit absolument parvenir à reproduire ces deux notions, qui font le succès de l’économie informelle, et qui reposent principalement sur deux facteurs clefs : la mise en relation facilitée et le principe de recommandation.

“Le digital doit absolument parvenir à reproduire les notions de confiance et d’interpersonnel, qui jouent un rôle fondamental en Afrique dans l’échange de biens et de services.”

En ce qui concerne plus spécifiquement l’administration et le e-gouvernement : cela viendra dans un second temps, et nécessite un effort de longue haleine de la part de l’ensemble des acteurs économiques entretenant une relation avec eux.

Il faut aussi entendre les attentes des gouvernements et des autorités africaines, qui peuvent différer de celles des autorités européennes. C’est ce qui permettra de leur proposer une offre adaptée. Le digital doit certes arriver, mais en s’adaptant.

“Il faut entendre les attentes des gouvernements et des autorités africaines, qui peuvent différer de celles des autorités européennes. C’est ce qui permettra de leur proposer une offre adaptée.”

Comment expliquez-vous alors le succès d’entreprises comme Uber, qui n’ont pas adapté leur business model à l’économie locale, dans certaines villes d’Afrique ?

Uber est aujourd’hui présent dans assez peu d’économies africaines.

Deux choses doivent être rappelées ici. La première est la segmentation du continent : la zone Afrique du Nord / Moyen-Orient est très spécifique, et même en Afrique subsaharienne plusieurs tendances se détachent, entre l’Afrique anglophone et l’Afrique francophone. Globalement, les pays anglophones sont toujours beaucoup plus ouverts aux nouveaux business et à essayer les choses avant d’anticiper leurs impacts, à l’inverse des pays francophones. Cela explique pourquoi Uber est très peu implanté en Afrique francophone. A Abidjan par exemple, Africab et Taxijet sont très populaires. Et ce sont deux entreprises qui répondent déjà aux besoin sous-jacents à la création d’Uber : être en sécurité dans un taxi, pour un prix inférieur à celui des compagnies de taxi habituelles. Aujourd’hui en France, Uber est désormais une compagnie de chauffeurs privés, et ils sont pour cela passés par une phase de mise en relation, d’ubérisation.

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En ce qui concerne Uber plus spécifiquement, il semble pertinent d’observer ce qu’il se passe en Inde et en Asie du Sud-Est, qui sont des marchés qui ont des usages assez similaires à ceux des marchés africains. Lors de son implantation en Inde et en Chine, Uber a dû faire face à de nombreuses questions de sécurité et adapter son business model. Cela montre bien qu’il n’est pas forcément possible de répliquer un même business model partout, et qu’une entreprise doit nécessairement adapter ses conditions de vente aux différents marchés.

“Les marchés indiens et d’Asie du Sud-Est sont des marchés aux usages assez similaires à ceux des marchés africains.

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En tant que recruteur, que pensez-vous des initiatives comme l’African Leadership University lancée à l’Ile Maurice et prochainement déployée au Rwanda, et qui répondent principalement à un fait de société : l’Afrique forme des jeunes, puis les envoie dans des universités étrangères et déploie ensuite énormément d’efforts pour les faire revenir sur le continents, au lieu de leur offrir une formation équivalente à celles qu’il trouvent à l’étranger sur le continent ?

Nous ne communiquons pas suffisamment envers la diaspora africaine présente en Europe, où beaucoup d’africains d’origine cherchent à revenir dans leur pays d’origine soit après leurs études, soit après quelques années d’expérience pour créer leur entreprise et contribuer à la transformation du continent. Cela est d’autant plus dommage qu’ils ont souvent une excellente connaissance des marchés africains et de très bonnes idées. Il est donc essentiel que les pays africains mettent en place des programmes à destination de ces jeunes.

“Il est essentiel que les pays africains mettent en place des programmes à destination des jeunes de la diaspora.”

En tant que recruteur, est-ce alors un réel atout pour un étudiant africain d’avoir été formé intégralement en Afrique ?

L’Afrique a déjà prouvé qu’elle était capable de fournir des formations de qualité. Aujourd’hui, s’il y a encore beaucoup d’étudiants africains qui partent étudier en Europe, un grand nombre d’entre eux se dirigent également vers Dubaï ou encore la Tunisie. Ils n’ont plus besoin de se dire qu’ils ont à aller en Europe pour trouver des formations de qualité. A Dakar par exemple, un grand nombre d’écoles privées ont été ouvertes ces dernières années.

De manière plus générale, un boom de la formation en Afrique est notable ces dernières années, et se poursuit encore aujourd’hui, ce qui nous permet d’être encore plus confiants en l’avenir de la formation sur le continent. En tant que recruteur, j’étudie donc tous les profils avec la même attention, peu importe le parcours des étudiants.



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